L’ÉGLISE DE SAINT-GERMAIN SUR VIENNE

Samedi 09 mai 2026 à 15H57
Dans ce village de Saint Germain-sur-Vienne, nous sommes dans une petite église médiévale dont l’agencement – nef unique, clocher latéral est typique du style gothique angevin… Mais elle est aussi extrêmement raffinée et, si on regarde bien, exceptionnelle. Examinons successivement :
Le chevet : la voûte du chœur appartient au gothique angevin dit « à nervures multiples ». L’aspect arachnéen du voûtement est exceptionnel de virtuosité, de maîtrise d’un savoir-faire technique qui transforme le couvrement en un immense baldaquin suspendu au-dessus de l’autel.
Le maître-autel : il a été récemment et magnifiquement restauré. Mais pourquoi ce retable si beau si important dans une petite église de village ? Il a été construit au XVIIe siècle, après le concile de Trente, dans le grand mouvement de la Réforme catholique, qui a réaffirmé la légitimité de l’image religieuse mise en cause par les protestants. Les auteurs qui interprétèrent les décrets du Concile prônèrent alors le réalisme des figurations sachant que l’effet du réel s’adressant à l’affect et la sensibilité, était l’un des chemins de la foi. D’où la création, au maître-autel, de ce grand retable qui favorisent un point de vue frontal, et contribuent ainsi à capter le regard, comme pour un tableau, vers l’autel, et donc vers le tabernacle, nouveau meuble placé en permanence sur l’autel.
Les statues : les Pères du Concile de Trente avaient souhaité que l’image accompagne la pastorale et nous avons ici les images de Saint-Pierre et Saint-Paul, piliers de la catholicité. Ces deux sculptures, très remarquablement restaurées sont exceptionnelles : elles appartiennent à la production des ateliers de sculpture en terre cuite du Maine et datent du XVIIe siècle (l’une d’elles, Saint-Paul, est datée de 1640). Là encore, nous sommes devant un savoir-faire d’une technicité éblouissante. Ces statues sont modelées et non moulées, souvent à l’aide d’armatures. Après élaboration de volume d’ensemble, les drapés étaient obtenus par des plaques de terre, presque aussi fines que des véritables tissus, amincies au rouleau, et disposées sur le volume à l’aide de baguettes, exactement comme s’il s’agissait de draps réels. Puis, elles étaient cuites dans des fours à bois et peintes. La polychromie est extrêmement raffinée. En vous approchant, vous verrez que la pupille, l’iris, les cils sont détaillés (les regards sont bouleversants de profondeur) les veines apparaissent sous les chairs, le sang circule… Et le travail des drapés est passionnant : c’est un travail sur la lumière qui joue avec les ors, les bleus et les blancs; les blancs semblent avoir été polis à l’agathe pour donner des effets de brillance en contraste avec des zones laissées mates; le galon du vêtement est posé à la feuille d’or tandis que les sandales sont dorées à la mixion. Ces deux statues sont encore en quête d’auteur, mais on parle beaucoup de Pierre BIARDEAU, célèbre pour l’élégance de ses œuvres maniéristes et la dynamique de son mouvement. L’ensemble a bénéficié d’un admirable travail de restauration assuré par des artisans talentueux.
